QUAND LES MATONS L'OUVRENT...
Depuis plus d’un an Kamel D. est en prison, il n’a pas encore été jugé pour les faits qui lui sont reprochés, à savoir « association de malfaiteurs à caractère terroriste ». En revanche, il bénéficie déjà du traitement particulier réservé aux « terroristes ». Depuis le début de sa détention il n’est pas sorti de l’isolement si ce n’est lors de ses transferts (six en un an). Ce traitement particulier n’a fait qu’aiguiser son sens critique et il n’a eu de cesse de dénoncer les conditions de détention et la prison elle-même.
Au moment des faits, il est placé à l’isolement à la Maison d’Arrêt de Fleury-Mérogis, alors qu’un prisonnier est envoyé au mitard. En solidarité, Kamel et les autres prisonniers placés à l’isolement décident de le rejoindre. Pour cela Kamel crée un incident lors de la promenade, il provoque verbalement une surveillante en lui disant notamment que la cour de promenade n’est qu’un enclos, il se retrouve donc envoyé au cachot. Pour ce faire deux matons en tenue d’intervention l’embarquent et trois autres l’attendent pour lui imposer une fouille intégrale. Ils l’obligent à se dévêtir entièrement, y compris à retirer ses lunettes et sa montre ; il s’inquiète de savoir quand il pourra les récupérer… L’ambiance est tendue. Un surveillant attrape la mâchoire de Kamel pour lui faire ouvrir la bouche. Il se défend de cette agression et se retrouve rapidement à terre maintenu par plusieurs matons, il reçoit des coups de pied.
A la suite de cet incident Kamel porte plainte, les surveillants aussi. Le parquet n’a évidemment pas suivi Kamel, en revanche lundi 4 novembre il se retrouve au tribunal d’Evry pour répondre des morsures qu’il aurait infligées aux matons.
Il y a trois mois nous avions déjà assisté au procès d’un prisonnier qui fut condamné à un an de prison ferme pour avoir giflé un maton, c’est ce que risque Kamel d’autant plus que dans son cas ce n’est pas un surveillant qui porte plainte mais trois. Ces derniers n’hésitent pas à exhiber leurs blessures (ou du moins ce qu’il en reste) devant la cour, essayant de démontrer à quel point à cinq contre un ils étaient en position de faiblesse…
Kamel quand à lui profite du peu de temps de paroles que lui accorde la juge pour dénoncer le système carcéral. Lorsqu’il tente d’expliquer que l’incident dans la cour de promenade n’avait pour but que d’être envoyé au QD en solidarité avec un autre prisonnier, la juge essaie de lui faire dire que c’est en fait pour se retrouver avec « les gens qui sont en prison pour les mêmes raisons que lui… »
Malgré cela, Kamel produit un véritable plaidoyer contre la prison, il dénonce les suicides en s’appuyant sur les chiffres officiels, ce à quoi la présidente répondra comme s’il lui parlait de sa dernière robe : « vous exagérez, tout de même ! », mais il n’exagère rien, tout comme son avocat lorsqu’il décrit le traitement spécial dont son client et lui sont l’objet, évoquant entre autre la non confidentialité de leurs entretiens et l’acharnement tant du juge Bruguière que de l’AP à l’encontre de Kamel.
Dans la salle d’audience, parmi l’assistance un ancien prisonnier reconnaît l’un des matons comme ayant été son tortionnaire, il parvient à le clamer avant d’être évacué de la salle. Le procès tourne au cirque lorsque le procureur affirme qu’un acte de solidarité (celui qui consiste à se faire envoyer volontairement au mitard) est du niveau de la cour de récréation et que le fait de mordre est bien plus grave que n’importe quel autre acte de violence. Un maton déclare : « il n’y a plus de justice pour le métier noble que nous faisons. Ce sont les voyous qui font la loi ».
A aucun moment Kamel n’a voulu apparaître comme une victime mais il s’est présenté comme un homme qui dénonce les violences des matons et de la prison même s’il faut pour cela tenir tête aux magistrats.
Cette défense de rupture ne lui a pas été dommageable puisque le tribunal ne l’a condamné qu’à deux mois avec sursis alors que la procureur avait requis six mois fermes. A leur sortie du tribunal les matons ne disaient qu’une seule chose : « on est dégoûté »…
Pas nous !